Il s'agit, d'une part, de suivre le parcours qui a conduit un compositeur d'origine bourgeoise, forme par Schoenberg (en meme temps que Berg et Webern) aux techniques de composition d'avant-garde, a s'engager aux cotes de la classe ouvriere et, delaissant la musique de salon, a composer une "musique de combat". Mais au-dela du parcours individuel, il s'agit d'autre part pour l'auteur de retracer l'histoire de ce qu'il appelle, a la suite d'Adorno, le "materiau musical" et de montrer que le XXe siecle, epoque de l'oeuvre d'art devenue techniquement reproductible (Benjamin), est aussi celui d'une usure du materiau musical. Refusant une renovation de ce materiau qui, a l'image de celle entreprise par Schoenberg, resterait confinee dans les cercles restreints d'une elite tant musicale que sociale, Eisler aurait compris que la reaction contre l'usure du materiau ne pouvait venir que du retablissement du lien entre la musique et la realite sociale.
Nouant ainsi le contact avec les masses, Eisler a ecrit pour elles non pas une musique au rabais, mais au contraire une musique dont l'auteur analyse ici en detail la haute technicite.
