La Vienne de 1900, et les Viennoises, ont pour nous des accents de rêve et de brillant. Elles sont belles et elles valsent dans des palais baroques au bras d''officiers chamarrés, sur des airs de Strauss. Elles sont libres et audacieuses, comme dans les tableaux de Klimt, et leur nom évoque le génie : Alma Malher, Lou Andreas-Salomé, Margaret Wittgenstein... Elles sont simples et confiantes, comme les oies blanches des pièces de Schnitzler, et elles rêvent d''amour et de musique au printemps, parmi les lilas du Prater. Elles sont aussi "l''impératrice de la solitude", la fantasque Sissi, qui, entre les hauts murs de la Hofburg, rêve à son enfance heureuse, au vieux château des Wittelsbach, à tant de choses en elles inexplicables. C''est que la capitale de l''Empire austro-hongrois, aux mœurs encore si rigides, nourrit aussi en son sein d''autres femmes et d''autres rêves, plus troubles, plus secrets. Dans les immeubles opulents des quartiers chics, elles sont nombreuses à se languir dans leurs vastes appartements. Elles n''ont pas le droit d''avoir une occupation à elles, pas le droit de flâner dans les rues, d''entrer seules dans un café. Alors elles fuient dans l''imaginaire et deviennent la proie de démons étranges. Soudain elles prétendent ne plus pouvoir marcher, elles crient de terreur ou elles rient comme des folles. Le sont-elles vraiment? On les cache et un silence gêné les entoure. C''est en observant les hystériques, si nombreuses parmi ses patientes, que Freud découvre l''inconscient et qu''il "perce le mystère du rêve", comme il le déclare en 1895. Célia Bertin nous raconte la double histoire d''une ville exceptionnelle et d''une découverte révolutionnaire, à travers les femmes, célèbres ou anonymes, qui habitèrent l''une et inspirèrent l''autre.
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